jeudi 1 janvier 2026

Elle ne manque pas de piquant


 

J’ai choisi cette petite fleur pour souhaiter mes vœux pour l’année 2026. C’est la Barbarée commune (Barbarea vulgaris), une plante de la famille des Brassicaceae, comme le cresson, les choux, la moutarde ou le colza notamment, reconnaissable à leur fleur à quatre pétales en croix, d’où leur ancien nom de crucifères.

Les plantes de cette famille n’ont certes pas d’épines mais ne manquent pas de piquant car elles contiennent des glucosinolates. Sous l’action d’une enzyme endogène (la myrosinase, qui aide ces plantes à se protéger des herbivores), ils sont transformés en isothiocyanates, composés soufrés qui ont une saveur plus ou moins âcre et donnent leur goût particulier à leurs préparations culinaires. Certaines, comme la barbarée, contiennent aussi des saponines, autres molécules de défense, qui en  font une bonne « culture-piège » c’est à dire qui sert à attirer et à tuer les insectes ravageurs habituels d'une culture principale que l’on souhaite protéger et qui, ainsi, reste saine. Cela permet de réduire les traitements par insecticides.

Ses feuilles, également riches en vitamine C, sont comestibles crues ou cuites mais plus amères que celles de sa cousine la barbarée printanière très rare et parfois cultivée sous le nom de « cresson de terre ».

La barbarée doit son nom au fait qu’elle est dédiée à Sainte Barbe, patronne des canonniers, des artificiers, des métallurgistes et des pompiers, cette plante était censée fournir un baume apaisant les blessures liées au feu. Elle s’appelle aussi herbe aux charpentiers car elle était également employée autrefois en emplâtre pour soigner les petites coupures inhérentes à ce métier.

La floraison s'étale d'avril à août. Après fécondation, se développent ensuite des siliques qui contiennent les graines, un plant pouvant produire de 40 000 à 116 000 graines qui restent viables pendant 10 à 20 ans, en dormance dans le sol.

Probablement originaire des régions méditerranéennes, la Barbarée commune pousse dans toute la France, y compris en Corse. Son aire s’est considérablement étendue puisqu’on la retrouve dans toute l'Europe, en Asie tempérée, en Afrique du Nord et en Amérique septentrionale.

 

Barbarea vulgaris, also called wintercress (usual common name), or alternatively winter rocket, rocketcress, yellow rocketcress, yellow rocket, wound rocket, herb barbara, creases, or creasy greens, is a biennial herb of the genus Barbarea, belonging to the family Brassicaceae.

The genus name Barbarea derives from Saint Barbara, the patron saint of artillerymen and miners, as this plant in the past was used to soothe the wounds caused by explosions. The species Latin name vulgaris means "common".

lundi 15 décembre 2025

Il est content du restaurant


  

Maintenant que la nature s’endort, c’est le bon moment pour farfouiller dans le grand stock de photos prises durant les beaux jours. Comme ce spécimen.

Il semblait déjà dormir sur une pierre au bord du ruisseau.

C’est un joli papillon blanc caractérisé par ses deux points noirs sur la côte (bord de l’aile), si soyeux que l’on aurait envie de caresser. Ce qu’il ne faut jamais faire, bien sûr, puisque les papillons, ou lépidoptères, ont, pour optimiser leur vol, comme leur nom l’indique, des écailles (du génétif λεπίδος, lepídos en grec) accrochées sur les ailes et que le contact des doigts peut les arracher.

C’est la phalène à deux tâches ou Lomographa bimaculata. De la famille des geometridae, que nous avons déjà rencontrée.

Il est très facile à reconnaître : Lomographa vient du grec « lomôs » qui signifie bord, marge, lisière et “graphein » soit écrire, tracer, dessiner, du fait des marques le long de la marge des ailes. Bimaculata vient du latin « maculata », tacheté, avec le préfixe latin « bi », deux, en référence aux deux taches sur la costa de l’aile antérieure.

Son nom commun est aussi emprunté au grec « phalaina », lui-même dérivé de l'adjectif phalos, blanc.

Cette espèce est commune mais rarement abondante en France. Elle est présente sur une large bande du globe, à travers l’Europe jusqu’en Sibérie et au Japon.

La chenille vit sur diverses essences toutes bien présentes ici comme le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea), l’aubépine (Crataegus monogyna), le hêtre (Fagus sylvatica), le merisier (Prunus avium), le prunelier (Prunus spinosa),  le chêne (Quercus), le rosier (Rosa canina), le saule marsault (Salix caprea), le sorbier des oiseaux (Sorbus aucuparia), le tilleuil (Tilia), la viorne (Viburnum opulus).

Découvrez d’autres insectes et notamment les papillons de la vallée du Sant.

 

How soft and bright is this White-pinion spotted on a rock of the creek side.  The recognizable two brownish dots can be seen on the costa (hedge of wing).  It is hence named Lomographa bimaculata: from Greek Loma- meaning a border and -grapha meaning a drawing; bi- meaning two and macula, a spot, both in Latin.

This species belongs to the Geometridae family we have met already.

Its original name was Phalaena bimaculata, from Greek phalaina, phalos, meaning white, close to the French common gender name: Phalène.

Its English common name, pinion, means the wing of a bird but also of an insect and even more specific, the anterior edge of a moth's forewing.

This species is common in France and can be found across Europe, Siberia and Japan.

The caterpillar is feeding on many trees that can be found easily here: Cornus sanguinea, Crataegus monogyna, Fagus sylvatica, Prunus avium and other prunus species like Prunus spinosa, Quercus, Rosa canina, Salix caprea, Sorbus aucuparia, Tilia, and Viburnum opulus.

More insects among other butterflies of the Sant valley

vendredi 5 décembre 2025

Petite réincarnation d'un arbre

Il y a dans la région de nombreux amateurs de champignons pour en faire de bonnes poêlées.

Si je ne dédaigne pas une bonne omelette, ma joie consiste plutôt à découvrir des champignons, comestibles ou pas, comme celui-ci, peu m’importe, à rechercher leur nom, leur biologie… et à garder un souvenir en photographie.

Les champignons du genre Crepidotus, qui compte plus de 320 espèces, sont des saprophytes, c’est-à-dire qu’ils se nourissent de la décomposition de végétaux, souvent des arbres.

Son nom de genre vient du Latin et veut dire « oreille fendue ».

Il s’agit probablement de C. cesatii, mais cette espèce ressemble beaucoup à C. variabilis. Seule l’observation des spores au microscope permet une détermination précise car elles n’ont pas la même forme. Elles sont sphériques pour C. cesatii. Or je n’avais pas fait de prélèvement. A une prochaine occasion peut-être.

Je l’ai trouvé sur un bel arbre qui, pendant des décennies, au milieu de la forêt, a été pour moi un bon repère dans un carrefour de sentiers.

Mais, les arbres meurent aussi et avant de tomber, puis de disparaître, il a nourrit tout un chapelet de crépidotus.

Découvrez d’autres champignons de la vallée du Sant.


Crepidotus is a genus of fungi in the family Crepidotaceae.

Species of Crepidotus all have small, convex to fan-shaped sessile caps and grow on wood or plant debris.

The genus name Crepidotus means 'cracked ear' in Latin.

Currently, over 320 species are accepted. This one could be C. cesatii, but it is very close to C. variabilis. Spores under microscope are needed to decide and I have not taken a sample. Next time…

I found them on a dying tree. Life is changing its shape, but it is still life.  

More mushrooms of the Sant valley

samedi 22 novembre 2025

L'automne disparait en confettis d'or


Petit à petit les feuillus de la vallée entrent en dormanceAprès les  marronniers et les platanes, en premier, puis les frênes, les noyers, les châtaigniers, les chênes, les noisetiers et bien d’autres, voici que les derniers érables champêtres perdent leurs feuilles dorées et que les hêtres sèment leurs feuilles rousses.

Ce matin, un petit troglodyte mignon sautillait parmi toutes ces feuilles à terre et y trouvait un véritable festin d’insectes.

Heureusement, les sapins, les pins, les houx, les lauriers, les buis, qui résistent vaillamment à la pyrale, et quelques autres au feuillage persistant brisent un peu le dépouillement progressif de la forêt vers l’hiver qui approche.

jeudi 30 octobre 2025

Qui s’y frotte s’y pique, ou pas !

Dans la vallée couverte de châtaigners, les châtaignes sont tombées. Nous aimons offrir à nos amis les fruits plus sucrés de notre arbre vénérable greffé, et pour le reste, cela fait le bonheur des sangliers qui se régalent des fruits des arbres « sauvages ».

Le sol est maintenant jonché de bogues entre lesquelles nos chiens slaloment.

La bogue du châtaigner est l'enveloppe hérissée de piquants qui protégent la châtaigne.

En termes techniques de botanique, c’est un involucre de bractées épineux formant une capsule qui s'ouvre à maturité, libérant les fruits.

En Europe, un champignon ascomycète (du mot asques) est inféodé aux vieilles bogues de châtaignes, Lanzia echinophila, comme son nom d’espèce d’origine grecque l'indique (« phila », qui aime, et « echino », les épines). C’est une pézize à la forme caractéristique de coupelle, orange puis brune à maturité.



Lanzia echinophila produit des spores en forme de croissant allongé. Elles sont portées par 8 dans les asques. 

Pendant des siècles, la châtaigne a constitué un apport alimentaire important par son fruit frais mais aussi sa farine dans les massifs anciens aux sols acides propices, comme le Massif Central et la Bretagne, permettant d’éviter des famines. Elle est donc étroitement liée au patrimoine rural. Ainsi Le Bogue d'or est un festival culturel breton des pays de Vilaine. Il se déroule dans la ville de Redon, le 4e samedi d'octobre. Il valorise le chant, la musique et le conte traditionnel de Haute-Bretagne et est désormais inscrit à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France.

Pour valoriser les bogues, certains producteurs ont même  mis au point un usage intéressant pour le jardinage comme paillage dissuasif. Mais dans notre vallée, des limaces fakirs ne semblent pas vraiment découragées…

 






By autumn, the female flowers of Sweet Chestnuts Castanea sativa develop into spiny cupules containing 3–7 brownish nuts that are shed during October. The female flowers eventually form a spiky sheath that deters predators from the seed.

A little ascomycete fungus species is most often found on rotting cases of Sweet Chestnut: Lanzia echinophila, the Hairy Nuts Disco. It is initially subglobose and bright orange. As it grows it becomes cup shaped and eventually flattens out, and its upper (fertile) surface turns reddish brown.

The specific epithet echinophila means 'spine-loving' and is a reference to fact that these cup fungi usually occur on the spiny cases of Sweet Chestnuts. The common name also refers to the spiny or hairy outer surfaces of the nut husks upon which this species is found.



samedi 11 octobre 2025

Vraiment petit et vraiment mignon

Tout ce qui est petit est mignon, dit le proverbe.

Cela s’applique parfaitement à ce tout petit oiseau et lui a même été donné comme nom : le troglodyte mignon (Trolodytes troglodytes).

L'épithète spécifique vient du grec ancien trōglodutēs qui signifie "habitant des cavernes". En effet, il niche dans des nids construits dans de petits trous, souvent, ici, sur les berges du ruisseau, entre les pierres de vieilles murettes.

Facilement reconnaissable, à peine plus gros que le roitelet que nous avons déjà rencontré, c’est un des plus petits oiseaux d’Europe. Mais les teintes marrons de son plumage l’aident à se camoufler dans le paysage et au sol où il recherche les insectes.

Le Troglodyte mignon est la seule espèce de Troglodytidae à ne pas vivre sur le continent américain. Cette famille est en effet originaire d'Amérique centrale et le Troglodyte mignon serait arrivé en Europe en franchissant la Béringie, un pont terrestre reliant la Sibérie à l'Alaska qui a été submergé par les eaux il y a 11 000 ans, à la fin de la dernière glaciation.

Il est assez répandu mais de moins en moins observé bien qu’il soit sédentaire dans la plus grande partie de l'Europe. Il est migrateur dans certaines parties du nord du continent.

Contrairement à la plupart des espèces de Passereaux, c'est le mâle qui construit le nid. En moyenne entre six et douze nids de mousse à ouverture latérale, de forme sphérique, entre le niveau du sol et deux mètres de hauteur, dans le creux d'un arbre, le trou d'un mur, un tas de branches, un fourré…

Son chant est magnifique et c’est toujours étonnant d’entendre une telle puissance sortir d’un si petit oiseau.

samedi 5 juillet 2025

Il lézardait au soleil


Ce magnifique lézard vert, du genre Lacerta, se dorait la pillule au soleil sur un vieux mur de pierres séches qui longe le sentier.

Les chiens couraient plus loin. Il n’a donc pas eu peur et est resté un petit moment à m’observer.

Ses écailles vertes étaient magnifiques et sa gorge bleue éclatante au soleil. C’est probablement un mâle car ils ont la gorge plus colorée que les femelles.

Devant sa tête haute et conquérante, il m’a fait penser aux diapsides, ses ancêtres qui peuplaient la Terre il y a 300 millions d’années, qu’il partage avec les dinosaures. 





lundi 23 juin 2025

Au raz des pissenlits

Pissenlit dandelion

  

C’est le soleil du solstice qui se couche derrière un pissenlit. La fraîcheur du soir est la bienvenue.

lundi 21 avril 2025

Si jeune et pourtant si vieille

fougère fern
  

Dans la forêt printannière vert tendre, elle déroule peu à peu ses jeunes frondes, sortes de feuilles caractéristiques des fougères, ici piquetées de petites véroniques bleues. C’est une plante pérenne que je retrouve là, chaque année, au même endroit sur le bord du sentier.

Les fougères constituent un groupe très important de plus de 13 000 espèces. Sans fleur ni graine, ces plantes se reproduisent par l’intermédiaire de spores. Ayant des vaisseaux pour faire circuler les éléments liquides et chimiques puisés dans le sol, elles sont plus « évoluées » que les mousses qui n’en ont pas. De même les fougères ont des tiges souterraines, des rhizomes, qui jouent le rôle de racines alors que les mousses n’ont, au mieux, que des rhizoïdes. Les fougères sont donc généralement plus grandes que les mousses. Mais, comme ces dernières, elles restent dépendantes de l’eau pour leur reproduction, d’où leur présence souvent en sous bois, sur les ripisylves (bordures des ruisseaux), comme ici.

Beaucoup de fougères restent vertes toute l’année et celles dont les frondes fanent ont au minimum le rhizome qui persiste et permet à la plante de se développer aussi de façon végétative. Un même spécimen peut vivre des decennies.

La première grande diversification des fougères eut lieu au Paléozoïque (Ère primaire), à l’époque du Carbonifère, il y a 360 à 300 millions d’années environ. Les représentants actuels, qui poussent essentiellement dans les régions tropicales, dérivent d’une flore perdue, beaucoup plus variée.

Ainsi, les frondes observées sur les empreintes fossiles des espèces disparues, sont proches de celles des spécimens actuels, comme ce fossile de fougère dans le charbon de Carmaux, au nord du département, dont les veines datent du Stéphanien, autour de 300 millions années.

fossile de la mine de charbon de Carmaux

La plupart des fougères actuelles, herbacées ou arborescentes, sont issues d’un groupe qui s’est diversifié au Mésozoïque (Ère secondaire). Elles dominaient les paysages de l’époque avec les Gymnospermes, plantes à graines mais sans fleurs, comme les arbres conifères, avant l’arrivée des Angiospermes (plantes à fleurs).