jeudi 26 mars 2026

Que de talents cachés !


Chaque fois que je croise l’anthracine morio (Hemipenthes morio), aux corps et ailes noires, puis transparentes (dites hyalines) en zig zag, si caractéristiques, je pense à l’avion militaire furtif Lockheed Martin F-117 Nighthawk qui évite sa détection en utilisant différentes techniques qui réduisent sa signature (radar ou infrarouge). Cet insecte n’est pas, à proprement parler, invisible, mais il a effectivement beaucoup de talents cachés et est redoutable envers des espèces proches.

C’est un diptère, deux ailes, comme les mouches. Son nom de genre, Hemipenthes signifie demi-deuil (ailes à moitié noires) et morio signifie fou.

Les adultes se nourrissent de nectar et de pollen sur de nombreuses fleurs. C’est donc un insecte pollinisateur dont le rôle est tout aussi important que celui des abeilles ou des papillons. C'est la raison pour laquelle les Anglo-saxons les surnomment "bee fly" (mouche abeille).

Les larves, elles, sont des hyperparasites de papillons : elles parasitent des larves de Tachinaires, des diptères également qui sont elles-mêmes des parasites de papillons.

De plus, comme les demoiselles et meloides par exemple, le cycle de développement de ce diptère est complexe et comprend plusieurs stades larvaires, c’est l’hyper méthamorphose.

Il est présent en Europe occidentale jusqu’en Sibérie occidentale et en Afrique du Nord. Il aime les endroits secs et bien exposés comme ici sur le versant de la vallée exposé au sud où je le rencontre entre mai et août.

Découvrez d’autres insectes et notamment les papillons de la vallée du Sant.

Hemipenthes morio is a species of 'bee fly' belonging to the family Bombyliidae subfamily Anthracinae.

Their body is dark-brown and hairy, especially on the side of the abdomen. The wings have a light area located near the apex and a dark area close to costal margin, separated by a zig-zag division. The apex of cell R1 is hyaline.

Its Latin genus name is Hemipenthes. Hemipenthes means ‘half-veiled in black’ and refers to the wing pattern seen in this group.  

This common 'bee-fly' is mainly present in most of  Europe, the eastern Palearctic realm, and the Near East. Preferred habitats are sunny forest edges and meadows.  

Adults eat nectar and pollen of a variety of flowers.

The larvae are hyperparasites (parasites of parasites), mainly developing in larvae of flies (Diptera, Tachinidae), as well as in wasp larvae (Hymenoptera, Ichneumonidae) parasitizing caterpillars moths (Noctuidae).

Almost all Bombyliidae bee flies (including this Hemipenthes fly) go through what is called hypermetamorphosis

More insects among other butterflies of the Sant valley

vendredi 20 mars 2026

Petite lampée de soleil


 Voici l’équinoxe de printemps, le soleil va nous éclairer pendant 12 heures.

Pour commencer, il s’est lové quelques minutes dans le cœur de cette petite fleur de géranium noueux (Geranium nodosum). Elles vont bientôt recouvrir les bords du sentier pour le plus grand bonheur des insectes amateurs de nectar.

Il y a plusieurs espèces de géranium « sauvage » dans la vallée. Celle-ci est très jolie à regarder de près et a des feuilles en forme de garde d’épée avant qu’elles ne s’élargissement en grandissant. 

Je vous montrerai prochainement une fête organisée par des adèles sur une de ces fleurs.


Découvrez d’autres plantes de la vallée du Sant.

lundi 23 février 2026

A la racine d'un vieil Himalaya

 
Dans la vallée, c’est une roche en bordure du ruisseau du Sant, usée par l’eau et par le temps. Celui de millions d’années.

C’est un souvenir mémorable, le vestige d’un vieil Himalaya.

La Montagne Noire est à l’extrême sud du Massif Central. Ce massif de moyenne montagne aujourd’hui, comme les Massifs des Ardennes, Armoricain, Marocain, Mauritanides et même les Appalaches nord américaines et d'autres… sont les restes d’une vaste chaîne de montagnes, la Chaîne Hercynienne ou Varisque. Sur plusieurs milliers de kilomètres d’Ouest en Est à l’Equateur, elle culminait alors à plus de 8 000 m d’altitude, soit autant que l’Everest. 

Il y a plus de 400 millions d’années et durant des millions d’années, entre le Dévonien et le Permien, l’Océan Atlantique n’existait pas encore, deux énormes continents, la Laurussia au Nord et le Gondwana au sud, allaient entrer en collision pour former un continent unique, la Pangée. A la suture de ces deux continents, une immense chaîne de montagne s’est élevée.

Pendant des millions d’années, elle a ensuite été érodée.

La Montagne Noire sud Tarnaise s’est même un peu redressée une nouvelle fois quand la « jeune » chaîne des Pyrénées a surgit à son tour.

Puis l’érosion a repris. 

Elle nous offre aujourd’hui à voir, dans le lit des nombreux ruisseaux qui roulent des cailloux de micaschistes et de gneiss vestiges, la racine de la vieille chaîne Hercynienne.

Pour voir ainsi la racine des Alpes ou des Pyrénées, il faudra donc attendre encore quelques centaines de millions d’années…

La Terre est patiente.

mardi 17 février 2026

Attrape-moi, si tu peux !



En attendant que la chaleur revienne, voici, suite à une petite recherche parmi les photos estivales, un lézard des murailles surpris sur une des murettes qui entourent la maison.

Il a tout simplement la queue coupée, ce pour quoi les lézards sont célèbres. Ils la perdent pour se défendre sans hésiter. Celle-ci a d’ailleurs commencé à repousser. Elle sera un peu plus courte et de couleur différente.

La coupure se fait en un endroit précis qui évite la perte de sang. Abandonnée sur le sol, le bout de queue continue à s’agiter de façon réflexe environ une minute pour tromper le prédateur qui croit que sa proie est encore là. Mais le lézard a pris la fuite depuis longtemps!

Sa queue repousse en quelques mois, les vertèbres d’origine sont remplacées par un cartilage.

Ils peuvent recommencer mais sans en abuser. Perdre la queue fait perdre beaucoup d’énergie car c’est là que le lézard stocke sa réserve de graisse pour l’hiver.

D’autres animaux, comme dans cette vidéo, sont aussi capables de cette technique qui s’appelle : l’autotomie, du grec ancien autos, « soi-même », et tomie, « coupure ».

 

Autotomy meaning self-amputation, from the Greek auto-, "self-" and tome, "severing", is the behaviour whereby an animal sheds or discards an appendage, usually as a self-defense mechanism to elude a predator's grasp or to distract the predator and thereby allow escape.

Some animals, like this wall lizard here on stones close to the house, are able to regenerate the lost body part later. Autotomy is thought to have evolved independently at least nine times. 

lundi 2 février 2026

Promesse de géant

Elle brille au soleil: c’est une petite graine qui, apportée par le vent, s’est posée au bord du sentier.

Une promesse de vie qui grandira, grandira, si elle tombe sur un sol accueillant.

Celle d’une espèce d’arbre que l’on a plutôt l’habitude de voir dans les cours des écoles, sur les places comme celle qui avait inspirée Van Gogh ou le long des routes du sud de la France, comme ici le long de la D14 qui trace son sillage dans la plaine avant de grimper dans la vallée du Sant.

Mais ici, au creux de la forêt, c’est bien aussi une graine de platane. Nous en avons déjà deux de vénérables, dont la graine a aussi probablement été amenée par le vent, il y a bien longtemps.

Le platane commun, ou platane à feuilles d'érable (Platanus × hispanica ou Platanus × acerifolia) est en fait un  hybride d'arbres issu du croisement entre le platane d'Occident (Amérique du Nord) et le platane d'Orient, à fertilité très faible (seule une infime partie des graines peuvent germer).


Existant en Europe, au Crétacé (de 145 à 66 millions d’années), le platane y disparaît à l'ère glaciaire. Le platane d'Occident (peu courant en Europe et d'origine américaine) et le platane d'Orient (planté par les Romains en Italie, vers l'an 390 av. J.-C.) sont introduits et hybridés en Espagne (d'où le nom "Hispanica") et en Angleterre vers 1650, pour donner le platane commun ou platane à feuilles d'érable, le plus courant en France.

Le nom, du grec πλάτανος / plátanos, dérivé de l'adjectif πλατύς / platús, signifie large et plat. Cette dénomination trouverait son origine dans une croyance de la civilisation Crétoise : la feuille à cinq lobes correspondrait aux cinq doigts de la main de la Grande Déesse, la Terre Mère. 

Nous avions déjà vu le miracle de la minuscule graine de séquoia qui se transformera en l’être le plus haut de la planète, si elle tombe, elle aussi, sur un terrain propice.

C’est la magie de la Nature dans les forêts naturelles: simplement dire « Abracadabra », puis patienter un petit… siècle, en espérant que la force de vie surmonte les aléas de toutes sortes.

Ici, nos deux spécimens sont en pleine santé, ce qui n’est pas le cas, hélas, des magnifiques platanes qui bordent le Canal du Midi qui doivent être remplacés, comme expliqué dans cette belle vidéo (en français, sous-titres en anglais).


Découvrez d’autres arbres de la vallée du Sant.

mercredi 14 janvier 2026

Des cascades de vacances


Le calendrier des réservations du gîte sur Booking pour la saison 2026 est ouvert.

Le ruisseau vous attend pour de joyeuses et rafraîchissantes trempettes.

En ce moment, sans couvert forestier, il étincelle de mille diamants à chaque rayon de soleil. Quand les feuilles auront poussé, il se transformera en une merveille émeraude.

Que du bonheur !

2026 Booking agenda is opened. Let’s go !



jeudi 1 janvier 2026

Elle ne manque pas de piquant


 

J’ai choisi cette petite fleur pour souhaiter mes vœux pour l’année 2026. C’est la Barbarée commune (Barbarea vulgaris), une plante de la famille des Brassicaceae, comme le cresson, les choux, la moutarde ou le colza notamment, reconnaissable à leur fleur à quatre pétales en croix, d’où leur ancien nom de crucifères.

Les plantes de cette famille n’ont certes pas d’épines mais ne manquent pas de piquant car elles contiennent des glucosinolates. Sous l’action d’une enzyme endogène (la myrosinase, qui aide ces plantes à se protéger des herbivores), ils sont transformés en isothiocyanates, composés soufrés qui ont une saveur plus ou moins âcre et donnent leur goût particulier à leurs préparations culinaires. Certaines, comme la barbarée, contiennent aussi des saponines, autres molécules de défense, qui en  font une bonne « culture-piège » c’est à dire qui sert à attirer et à tuer les insectes ravageurs habituels d'une culture principale que l’on souhaite protéger et qui, ainsi, reste saine. Cela permet de réduire les traitements par insecticides.

Ses feuilles, également riches en vitamine C, sont comestibles crues ou cuites mais plus amères que celles de sa cousine la barbarée printanière très rare et parfois cultivée sous le nom de « cresson de terre ».

La barbarée doit son nom au fait qu’elle est dédiée à Sainte Barbe, patronne des canonniers, des artificiers, des métallurgistes et des pompiers, cette plante était censée fournir un baume apaisant les blessures liées au feu. Elle s’appelle aussi herbe aux charpentiers car elle était également employée autrefois en emplâtre pour soigner les petites coupures inhérentes à ce métier.

La floraison s'étale d'avril à août. Après fécondation, se développent ensuite des siliques qui contiennent les graines, un plant pouvant produire de 40 000 à 116 000 graines qui restent viables pendant 10 à 20 ans, en dormance dans le sol.

Probablement originaire des régions méditerranéennes, la Barbarée commune pousse dans toute la France, y compris en Corse. Son aire s’est considérablement étendue puisqu’on la retrouve dans toute l'Europe, en Asie tempérée, en Afrique du Nord et en Amérique septentrionale.

Découvrez d’autres plantes de la vallée du Sant.

Barbarea vulgaris, also called wintercress (usual common name), or alternatively winter rocket, rocketcress, yellow rocketcress, yellow rocket, wound rocket, herb barbara, creases, or creasy greens, is a biennial herb of the genus Barbarea, belonging to the family Brassicaceae.

The genus name Barbarea derives from Saint Barbara, the patron saint of artillerymen and miners, as this plant in the past was used to soothe the wounds caused by explosions. The species Latin name vulgaris means "common".


More plants of the Sant valley

lundi 15 décembre 2025

Il est content du restaurant


  

Maintenant que la nature s’endort, c’est le bon moment pour farfouiller dans le grand stock de photos prises durant les beaux jours. Comme ce spécimen.

Il semblait déjà dormir sur une pierre au bord du ruisseau.

C’est un joli papillon blanc caractérisé par ses deux points noirs sur la côte (bord de l’aile), si soyeux que l’on aurait envie de caresser. Ce qu’il ne faut jamais faire, bien sûr, puisque les papillons, ou lépidoptères, ont, pour optimiser leur vol, comme leur nom l’indique, des écailles (du génétif λεπίδος, lepídos en grec) accrochées sur les ailes et que le contact des doigts peut les arracher.

C’est la phalène à deux tâches ou Lomographa bimaculata. De la famille des geometridae, que nous avons déjà rencontrée.

Il est très facile à reconnaître : Lomographa vient du grec « lomôs » qui signifie bord, marge, lisière et “graphein » soit écrire, tracer, dessiner, du fait des marques le long de la marge des ailes. Bimaculata vient du latin « maculata », tacheté, avec le préfixe latin « bi », deux, en référence aux deux taches sur la costa de l’aile antérieure.

Son nom commun est aussi emprunté au grec « phalaina », lui-même dérivé de l'adjectif phalos, blanc.

Cette espèce est commune mais rarement abondante en France. Elle est présente sur une large bande du globe, à travers l’Europe jusqu’en Sibérie et au Japon.

La chenille vit sur diverses essences toutes bien présentes ici comme le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea), l’aubépine (Crataegus monogyna), le hêtre (Fagus sylvatica), le merisier (Prunus avium), le prunelier (Prunus spinosa),  le chêne (Quercus), le rosier (Rosa canina), le saule marsault (Salix caprea), le sorbier des oiseaux (Sorbus aucuparia), le tilleuil (Tilia), la viorne (Viburnum opulus).

Découvrez d’autres insectes et notamment les papillons de la vallée du Sant.

 

How soft and bright is this White-pinion spotted on a rock of the creek side.  The recognizable two brownish dots can be seen on the costa (hedge of wing).  It is hence named Lomographa bimaculata: from Greek Loma- meaning a border and -grapha meaning a drawing; bi- meaning two and macula, a spot, both in Latin.

This species belongs to the Geometridae family we have met already.

Its original name was Phalaena bimaculata, from Greek phalaina, phalos, meaning white, close to the French common gender name: Phalène.

Its English common name, pinion, means the wing of a bird but also of an insect and even more specific, the anterior edge of a moth's forewing.

This species is common in France and can be found across Europe, Siberia and Japan.

The caterpillar is feeding on many trees that can be found easily here: Cornus sanguinea, Crataegus monogyna, Fagus sylvatica, Prunus avium and other prunus species like Prunus spinosa, Quercus, Rosa canina, Salix caprea, Sorbus aucuparia, Tilia, and Viburnum opulus.

More insects among other butterflies of the Sant valley

vendredi 5 décembre 2025

Petite réincarnation d'un arbre

Il y a dans la région de nombreux amateurs de champignons pour en faire de bonnes poêlées.

Si je ne dédaigne pas une bonne omelette, ma joie consiste plutôt à découvrir des champignons, comestibles ou pas, comme celui-ci, peu m’importe, à rechercher leur nom, leur biologie… et à garder un souvenir en photographie.

Les champignons du genre Crepidotus, qui compte plus de 320 espèces, sont des saprophytes, c’est-à-dire qu’ils se nourissent de la décomposition de végétaux, souvent des arbres.

Son nom de genre vient du Latin et veut dire « oreille fendue ».

Il s’agit probablement de C. cesatii, mais cette espèce ressemble beaucoup à C. variabilis. Seule l’observation des spores au microscope permet une détermination précise car elles n’ont pas la même forme. Elles sont sphériques pour C. cesatii. Or je n’avais pas fait de prélèvement. A une prochaine occasion peut-être.

Je l’ai trouvé sur un bel arbre qui, pendant des décennies, au milieu de la forêt, a été pour moi un bon repère dans un carrefour de sentiers.

Mais, les arbres meurent aussi et avant de tomber, puis de disparaître, il a nourrit tout un chapelet de crépidotus.

Découvrez d’autres champignons de la vallée du Sant.


Crepidotus is a genus of fungi in the family Crepidotaceae.

Species of Crepidotus all have small, convex to fan-shaped sessile caps and grow on wood or plant debris.

The genus name Crepidotus means 'cracked ear' in Latin.

Currently, over 320 species are accepted. This one could be C. cesatii, but it is very close to C. variabilis. Spores under microscope are needed to decide and I have not taken a sample. Next time…

I found them on a dying tree. Life is changing its shape, but it is still life.  

More mushrooms of the Sant valley

samedi 22 novembre 2025

L'automne disparait en confettis d'or


Petit à petit les feuillus de la vallée entrent en dormanceAprès les  marronniers et les platanes, en premier, puis les frênes, les noyers, les châtaigniers, les chênes, les noisetiers et bien d’autres, voici que les derniers érables champêtres perdent leurs feuilles dorées et que les hêtres sèment leurs feuilles rousses.

Ce matin, un petit troglodyte mignon sautillait parmi toutes ces feuilles à terre et y trouvait un véritable festin d’insectes.

Heureusement, les sapins, les pins, les houx, les lauriers, les buis, qui résistent vaillamment à la pyrale, et quelques autres au feuillage persistant brisent un peu le dépouillement progressif de la forêt vers l’hiver qui approche.